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Documentation construite et actualisée par les membres de l'association Espace Défis. GRAFFITI ... HIP-HOP ... ET CULTURES URBAINES ... Le Tag, le Graffe(1) et le Hip-Hop sont nés dans les grandes cités, les quartiers défavorisés et les ghettos noirs aux Etats-Unis. (1) On écrit aussi graff', graf', il n’y a pas de règles établies ... graphe vient du grec "graphein" qui signifie écrire. Pour voir l'intégralité des textes ! dirigez-vous vers la rubrique " Documentation " LE MOUVEMENT GRAFFITI Les origines, les influences culturelles et artistiques, les précurseurs : Le graffiti(1) n’est certes pas une expression nouvelle et sa matérialité, en quelque sorte, naît de la rencontre de l’événement et du sujet porteur de pulsions, acte de la pulsion anarchique qui apparaît déjà dans les traces laissées par l’archéologie antique. Mais les mouvements de l’art font entrer ce processus de “dégradation” à part entière (“sgraffignare” signifiant “escamoter” en italien) dans le champ de la création artistique. Aussi la recherche scientifique d’une entrée dans l’histoire de la création artistique du XX°siècle trouve-t-elle un légitime fondement ; ceci nous renvoie également aux écritures automatiques pour l’appariton du tag, qui n’est qu’une signature rapidement posée sur n’importe quel support. De la même façon, on peut trouver une origine à l’esthétique en “brake” (écritures scandées du mouvement hip-hop) ailleurs que dans le “cut up” (inventé par l’écrivain américain William Burroughs : en coupant des textes imprimés, s’aidant du hasard, on recompose des nouveaux issus des bribes de l’ancien), dans l’écriture de Gertrude Stein (femme de lettres américaine, vivant en France, a influencé les romanciers de la “génération perdue”), avec la figuration des peintres futuristes et notamment à travers l’exemple bien connu du “Nu descendant l’escalier” de Marcel Duchamp (1912). (1) Graffiti : mot italien signifiant "dessin gravé", vient du verbe italien ”graffiare” qui veut dire graver. Les figurations de Paul Klee et de Jean Dubuffet, postérieures, s’inscrivent dans cet esprit et ce qui explose à la fin du XX° siècle, par le vecteur de la révolte, c’est aussi une continuité de l’explosion des années 1910. Tout n’appartient certes pas au champ des inventions des années ”10”, mais l’essentiel est là. Les techniques de bombages, qui peuvent être celles du tag viennent du métro new-yorkais et arrivent théoriquement en Europe en 1984 par la publication d’un livre-album intitulé “Subway Art”(2). A partir de là, les techniques au pochoir peuvent entrer dans l’acte rapide de peindre : un coup de bombe sur un pochoir et le mur est peint ... et c’est l’image d’Arthur Rimbaud qui est la plus représentée par cette technique ... La nouvelle liberté et la libération de la peinture, tant par ses supports reconnus que par les expressions de ruptures par lesquelles on ne craint plus ni le beau ni le laid, ni le lisible ni l’illisible, entraînent la combinaison d’écritures qui expriment un mouvement de révolte à valeur de message, mais aussi des compositions de plus en plus grandes pour des temps d’exécution restreints puisque codifiés avant intervention. Nous en arrivons aux “picturo-graffitis” qui sont de véritables murs peints à réelle valeur artistique. Il faut remarquer que des artistes graffitis célèbres comme Jean-Michel Basquiat, Futura 2000, commencent leur carrière par des peintures de rue. Le mouvement est parallèle autant aux U. S. A. qu’en France et la rencontre des années 1980 de ces tendances picturales qui ont des origines différentes, des mythes fondateurs venus de tous les coins de la planète, ont aussi ce tronc commun extrêmement puissant de la culture occidentale du XX° siècle depuis les nouveautés des années 1910. (1) Brassaï, écrivain et photographe, “entretiens radiophoniques avec Roger Grenier, en 1964, dans la série Entretiens sur France Culture”, Télérama du 22 au 28/04/00, N° 2623. Pour voir l'intégralité des textes ! dirigez-vous vers la rubrique " Documentation " “LE MYTHE DE L’ARTISTE MAUDIT” Tout ce passe comme si ces lieux choisis pour les graffitis produisaient, généraient eux-mêmes ces “fleurs du mal”, sortes de tags, de contre-signes économiques. “Au milieu des années 80, alors qu’une élite “d’artistes aérosol” exposait dans les galeries : Futura 2000, Jean-Michel Basquiat ... et faisait la une des médias, les cinq mille tagueurs recensés devaient faire face à une politique très répressive”(2). Les années 80 voient également la renaissance du mythe de “l’artiste maudit” poursuivi par les autorités. L’expression et la démarche picturale de cet art populaire ne font pas le poids face aux lobbies des sociétés, dès le moment où la place de l’artiste n’est pas reconnue ou reconnue seulement par une “élite” académique, politique, religieuse ... (1) Sale engeance : signifie vulgairement “sale race”, catégorie de personnes qu’on méprise. En France, au sein du mouvement graffiti les styles évoluent, mais les caractéristiques essentielles du type d’action et des modalités scripturales demeurent (les procédures d’exécution, le lieu est le message !). Plusieurs courants utilisent des techniques différentes, légères, ludiques ou graves, s’affirment parmi les plus célèbres : Ernest Pignon Ernest (peintre muraliste), Gérard Zlotikamien (éphémères), Jérome Mesnager (ombres blanches), les pochoirs de Blek, l’utilisation de la bande dessinée, le détournement des affiches publicitaires par Costa, Daniel Bau Geste ou Futura 2000, les peintures de Miss Van, Miss Tic, Speedy Graphito, l’aérograttage et l’I. F. S. (International Free Style) par Nod et Cazo et la liste est certes loin d’être exhaustive ! L’insertion dans l’art contemporain favorisent les liens perdus avec les expressions dites “sauvages”. GRAFFITI ET POCHOIR Le “graffiti” en France connaît de multiples techniques picturales, l’une d’entre elles “le pochoir” est exécutée, entre autres, par des peintres de rue “des graffiteurs pochoiristes” Dans les années 80, elle consiste à peindre des figures (1) anonymes ou célèbres de différentes tailles jusqu’à la taille humaine en s’aidant du pochoir découpé dans un matériau plutôt rigide pour qu’il puisse être ré-utilisé (papier ou carton épais, métal, bois ...). Le choix du motif sera retenu soit à partir d’une photo, d’une revue, d’une affiche et sera détournée selon l’inspiration de l’auteur ! Si on se réfère à l’histoire, le pochoir est loin d’être une expression nouvelle, les traces remontent à la plus haute antiquité, symbolisées par des mains apposées sur les parois des cavernes de Patagonie par exemple ; par des mains dont les contours ont été soulignés par des pigments soufflés à la bouche ! ces représentations sont les ancêtres du graffiti que l’on connait depuis la fin du XXe siècle à Paris. Depuis le pochoir a eu bien des utilités, marquer les caisses à munitions dans l’armée, décorer les murs ou les corniches par des frises chez les peintres italiens ; puis celui-ci est devenu un outil de propagande politique déposé de façon illégale et sauvage, remplaçant les affiches ... De nos jours, il décore aussi les vitrines des magasins et tient une large place dans la publicité. Le pochoir est une expression artistique à part entière qui réside autant dans la qualité de conception du pochoir : le motif, l’écrit, le format, la découpe, que dans la qualité d’éxécution sur le mur avec tout ce que cela induit : le choix du médium (mode de peinture) pour la mise en couleurs : aérosol, pinceau, éponge ... la rapidité dans le geste, la technicité, la créativité et la prise de risque selon le support choisi ! De toutes les époques qu’il ait traversées, le pochoir comme le graffe, éphémères “street art” restent plus que jamais porteurs de messages, chargés de symboliques pour qui sait regarder et lire au-delà de l’image et des mots ! (1) Technique historiquement liée à la “figuration libre” art pictural représenté en France par Robert Combas, Hervé Di Rosa et bien d’autres, Speedy Graphito ... aux Etats-Unis par Jean-Michel Basquiat, Keith Haring ... pour les plus célèbres d’entre les “graffiti artists”. Pour voir l'intégralité des textes ! dirigez-vous vers la rubrique " Documentation " GRAFFITI ET COLLAGE L'art du collage est une technique picturale très utilisée aujourd'hui. Allié au graffiti, avec la peinture aérosol, il offre un terrain d'expérimentation et d'expression sans cesse renouvelé ! il consiste à assembler dans une composition plastique, sur n'importe quel support, des éléments de toute nature : photos, images, coupures de journaux, objets .... selon l'inspiration de chacun. LA CULTURE HIP-HOP Avant d’aborder le “graffe”, il faut d’abord parler de la culture hip-hop, parce qu’il s’agit bien d’une culture plus qu’un simple mouvement, pour comprendre le contexte de sa naissance, ses caractéristiques sociales, culturelles, historiques et économiques, son évolution. Le HIP-HOP(1) est né aux Etats-unis dans les années 70, dans le quartier du Bronx à New-York, mais aussi dans le même temps à Los Angelès, à Philadelphie ... en réaction aux violences engendrées par des conditions de vie précaires, subies et accumulées depuis trop longtemps dans la lutte des populations noires originaires d’Afrique pour l’égalité des droits et l’arrêt définitif de la ségrégation raciale, aux côtés des leaders Martin Luther King, Malcolm X ... et d’autre part, en raison de la misère sociale et des fléaux qu’elle génère (crime, drogue, racket, guerre de gangs) dans les ghettos où la population ne cesse d’augmenter avec l’arrivée importante des communautés latino-américaines venues du Mexique, de Porto-Rico, de la Jamaïque ... en quête d’un avenir meilleur. 1) - Le terme “hip-hop” exprime “le fait d’élever son esprit en utilisant sa créativité, son intelligence et son potentiel physique (voix, articulations, mains, oeil, etc ...) pour ouvrir de nouveaux champs artistiques et créer de nouvelles sensations”. Source sur www.africamaat.com - Le hip-hop est un “parler” propre aux ghettos noirs américains (vocabulaire, sonorité, rythme de parole). Il est dérivé de “hep” qui signifie dans la “jive talk” (argot de la rue) être affranchi, à la cool. “To hop” veut dire danser, allié au hip cette indication nous révèle que la danse fut la première composante artistique à rendre visible le hip-hop. - “hip vient directement du Wolof Hipi (langue africaine de l’Ouest) qui signifie regarde !”. (2) “Afrika Bambaataa : fondateur du mouvement “hip-hop” et de la “Zulu nation”. Citation sur www.africamaat.com C’est alors que furent lancées des expressions comme le Dj’ing, la danse hip-hop, puis le rap, le graffe, un mouvement avec un style vestimentaire, un langage (le verlan), un état d’esprit, un mode de vie ; c’est le signe d’une profonde évolution. Le hip-hop se répand dans le monde entier, l’idéologie en fait une culture universelle. Rappelons qu'il ne faut pas assimiler la culture des ghettos ou de guerre de gangs comme ce fut la cas aux Etats-Unis, au hip-hop français ; la culture hip-hop en France a trouvé sa voie, son originalité et a développé ses propres styles. Le hip-hop, c’est une culture de masse, une culture populaire, un état d’esprit, des expressions artistiques rassemblées autour de trois pôles, qui seront définis plus loin : musical (rap, ragga, Dj’ing), corporel (break dance, smurf, hype, double dutch), graphique (tag, graffe), le tout englobé dans un culture urbaine (mode de vie, langage, mode vestimentaire, état d’esprit, économie ...). Pour voir l'intégralité des textes ! dirigez-vous vers la rubrique " Documentation " LES MODES D’EXPRESSION DU HIP-HOP, DES ORIGINES A NOS JOURS : LE RAP Première discipline artistique du hip-hop avec les Dj’s, le rap(1) est avant tout un texte scandé, improvisé ou non. Le rappeur est le maître des mots “le MC” (Maître de Cérémonie ou Maître des Contes). le rap représente le retour primordial de la parole. D’influences jamaïcaine, des musiques populaires des ghettos noirs, il s’inscrit ensuite dans les différents styles de musiques noires aux Etats-Unis (blues, jazz, gospel, soul, funk). Il ne fait que perpétuer une tradition orale très ancienne d’influence africaine avec les “Griots”, qui de village en village racontaient en chantant les événements de la vie courante, s’aidant d’instruments de musique traditionnels comme la kora ou le tambour, pour rythmer les mots. Tout comme le “toast”, dans les années 1910/1920, aux Etats-Unis, relatait un fait d’actualité, sur un style narratif, l’interprétation variant selon le narrateur. Plus proche de nous, le “prêche” (ou “preaching” en anglais) est une exhortation religieuse des populations noires et un discours politique extrêmement puissant, comme le faisaient Martin Luther King, Malcolm X, les Blacks Panthers, dans le but de lutter contre la ségrégation “raciale”. On retrouve dans le rap ces inspirations issues de ces différents contextes sociaux et culturels significatifs des conditions de vie souvent très difficiles à travers les temps. Tous les thèmes de la vie sont évoqués encore aujourd’hui, à partir de valeurs très fortes de respect, de liberté, d’émancipation. Se prendre en charge, devenir acteur de sa propre vie, ne pas subir le système(3) ..., sont entre autres des messages politiques véhiculés dans le rap. (1) “To rap” : bavarder, baratiner. Le rap apparaît comme un message agressif, de rebéllion systématique contre un pouvoir qui ne reconnait pas les plus démunis. Le “gangsta rap”, autre style venu de la côte ouest des Etats Unis, arrive dans les années 80, où se mêlent des textes illustrant des conditions de vie difficiles et ses déviances (proxénétisme, crime, drogue, racket, violence ...) à des scènes provocantes, donnant souvent une image peu valorisante du milieu hip-hop et de la population, relayée par les médias qui donnent un reflet irresponsable et erroné de cette culture. Ce style de rap connait un intérêt considérable auprès du public, et particulièrement auprès de la jeunesse pour laquelle les effets ne sont pas des plus bénéfiques ! Ce style de rap est très répandu, on connaît 2pac (décédé aujourd’hui), Snoop Dogg, Ice Cube, Dr. Dre, 50 Cent ... ou Eminem, célèbre rappeur américain “blanc” devenu acteur (8 miles) et producteur, connu pour avoir une façon très originale d'écrire ses textes de rap, sachant manier à la fois la technique et le sens de la rime, à imposer son style et un flow très personnel (qualité d'élocution). Le rap arrive en France dans les années 80, accaparé par les médias : “Radio 7” avec des rappeurs et D.J. connus comme Dee Nasty et Lionel D, puis la télévision en 1984, avec l’émission “hip-hop”, animée par Sidney (danseur hip-hop). Il ne faut pas oublier qu’au même titre que le rap, le “ragga”(3) (issu du mouvement reggae), fait partie intégrante du hip-hop avec un groupe français célèbre “Saï-Saï” ou le chanteur antillais “Tonton David” (chanteurs raggamuffin). L’inter-dépendance entre le mouvement Rasta (Bob Marley, Alpha Blondie en sont les référents les plus connus !) et Zulu est indéniable, ils se rejoignent dans l’idéologie, dans le message (la non-violence, la lutte contre la ségrégation raciale), par leurs liens originels à l’Afrique. Les influences multi-culturelles ont enrichi le hip-hop pour en faire une vraie culture. D’autres formes d’expression sonores et rythmiques sont apparues comme “l’Human Beat Box” ou boite à rythme humaine : on produit avec sa gorge un son avec un rythme, le corps devient l’instrument ! Plus récemment, arrive le “Slam” en France avec "Pilot le hot", inspiré des Etats-Unis où il existe déjà depuis les années 80, jeu de poésie créé par Marc Smith. La tradition orale se renouvelle et se perpétue ! (1) Interview de Chuck D, leader du groupe “Public Enemy”, Free Style, interviews de Desse et SBG, Florent Massot et François Millet éditeurs. Pour voir l'intégralité des textes ! dirigez-vous vers la rubrique " Documentation " LE DJ’ING Il est étroitement lié au rap puisque sans les DJ’s, le rap actuel n’aurait pas pu exister et se développer. Le “beat box” ou boite à rythme : art du bruitage avec la bouche (basse, scratch, clavier ...) Rhazel (The Roots), Buffy (Fat Boys), Dougie Fresh, Ready Rock ... en sont des représentations mondiales, le “sample” (musique mise en boucle), le “dub” (ligne mélodique), sont les instruments du DJ et les bases sonores qui permettent de donner le tempo et d’appuyer les mots. DJ “Kool Herc”, de son vrai nom “Clive Campbell” et “Herc” parce que sa stature faisait penser au légendaire Hercule, fut le précurseur de cette discipline dans le quartier du Bronx à New-York, à la fin des années 60. Kool Herc “The godfather of hip-hop” (Dieu le père du hip-hop), perpétue et enrichit l’âme originelle du “Jam” ! Il fut suivi du DJ “Afrika Bambaataa”. D’abord des musiciens, ils étaient aussi pour leur époque des “éducateurs de rue !” et organisaient des fêtes hip-hop (block parties) rassemblant rappeurs et danseurs. C’est dans les années 80, avec l’avènement du rap que s’affirmèrent les pionniers du DJ’ing français : DJ “Dee Nasty”, DJ “Lionel D”, puis d’autres comme le DJ “Cut Killer”, DJ “Khéops” ... (1) “Le scratch” c’est détourner la platine de son usage normal et en faire un instrument de musique. Il utilise le disque comme un instrument de musique à part entière : le Dj arrête le disque de ses doigts, sur un son et selon qu’il accélère ou ralentit, tout en le découpant sur sa table de mixage, il extrait des notes sur ce son. Ce son sera mixé avec des passages musicaux qu’il isolera d’une seconde platine et ainsi d’extrait en extrait, contruit un autre morceau. Pour voir l'intégralité des textes ! dirigez-vous vers la rubrique " Documentation " LA DANSE HIP-HOP C’est la danse des “B.Boys” (Breakers Boys). C’était le signe de reconnaissance du mouvement hip-hop avant même le rap, dans les années 70 aux Etats-Unis, avec un groupe précurseur “Rock Steady Crew”. A l’origine, c’est l’utilisation d’espaces peu conventionnels : la rue, les gares, les centres commerciaux, les cages d’escaliers d’immeubles ... de nouveaux lieux où les défis vont se lancer (les battles), des défis artistiques où entre des phases de danse collective, se produisent des morceaux individuels ou chaque danseur du groupe passe la main à un autre pour qu’il exécute une prestation spectaculaire, une véritable performance gymnique et dansée. En alliant corps, esprit, espace, temps, la danse hip-hop cherche à répondre à cette tension créative générée par l’urgence. La danse hip-hop a fait son apparition en France en 1982, puis à l’émission “hip-hop” en 1984 (qui ne dura qu’un an, pour des raisons commerciales) avec l’animateur Sidney, où le but était de valoriser cette pratique venue de la rue. C’était la première fois que les médias donnaient autant d’importance à une expression aussi populaire, cela ne s’était jamais vu ailleurs. On distingue des styles et des techniques très divers, parmi eux : Le “double-dutch”(2), est une danse avec des cordes à sauter, essentiellement réalisée par des filles, donnant lieu à des compétitions. La “break-dance”(3), c'est l'origine de la danse hip-hop, c’est un mélange de figures acrobatiques, sans cesse enrichies par les personnes et leur propre style. Le danseur “Storm” marqua la première génération de danseurs hip-hop. (1) “Smurf” veut dire littéralement “schtroumpf”. A ses débuts, cette expression artistique fut appelée ainsi parce que les danseurs avaient des gants blancs comme les schtroumpfs. Les danses hip-hop relèvent d’une vraie performance physique : tourner sur le dos (la coupole), sur la tête (la couronne), faire le “scorpion”, des vrilles, des “passe-passe” et bien d’autres figures encore, demandent des qualités sportives et artistiques évidentes. Actuellement de nombreuses troupes se sont formées et professionnalisées : “Traction Avant”, “Black, Blanc, Beur”, “Aktuel Force”, “Accrorap” ... Sur la région PACA, la troupe “Grenade” rassemble des jeunes issus des quartiers des grandes villes, elle illustre une expérience artistique entre danse hip-hop et danse contemporaine, elle échange des styles avec la troupe “Käfig” de la région lyonnaise : l’art et la culture comme moyen de s’en sortir dans un champ social en décomposition, le pari est extrêmement difficile, mais combien dynamisant et stimulant pour la création ! Cependant la danse, comme d’autres disciplines du hip-hop a du mal à se professionnaliser parce qu’empruntant des chemins peu académiques. Elle est aussi souvent rejetée pour sa dimension rebelle qui effraye certaines institutions. LE GRAFFE TAG et GRAFFE : ORIGINES ... INFLUENCES ... MOTIVATIONS ... Le “tag” est à l’origine du graffe ! En 69, à New-York, le tagueur Cay qui écrivait son tag en l’occurence son surnom, sur tout le métro disait : “Le nom, c’est la religion du graffiti, je regarde mon nom qui passe !”(1). Il pouvait rester ainsi des journées entières à regarder les rames de métro passer et à contempler son tag. Il indiquait ainsi une solution pour sortir du ghetto, de l’anonymat. Lieux de prédilection du tag, le métro et autres lieux de circulation importante, en ville ou à la périphérie (autoroutes, voies ferrées ...) connurent d’autres tagueurs célèbres : Taki 183 et Julio 204, issus des minorités noires et latino-américaines. Le tag, ça n’est pas que du vandalisme, c’est aussi une façon d’occuper l’espace et de constituer méthodiquement un réseau. Avec la “Zulu Nation”, il va progressivement s’affranchir de ses fonctions mafieuses (guerre de gang, racket, trafic de drogue). Les motivations des tagueurs sont diverses : c’est d’abord l’envie de communiquer, le plaisir d’écrire pour écrire, c’est un moyen de s’affirmer en tant que jeune créateur ou bien de vouloir s’opposer à ce monde (appelé Babylone par les tagueurs) où l’argent prend une importance grandissante au détriment des relations humaines. Les tagueurs sont aussi amateurs de sensations fortes et d’aventures, l’interdit, l’illégalisme sont d’autres composantes fondamentales du mouvement tag. (1) “Graffiti de New-York”, documents de Mervyn Kurlansky et Jon Naar, texte de Norman Mailer, Chêne. LE TAG, LE GRAFFE : Un phénomène de société entre art et dégradation ... Dans le groupe(1), l’autorité du leader est symbolique, fonctionnant avec des lois internes alors que dans la société, le pouvoir du chef est subie. Les tags se réalisent la nuit, en opposition au travail qui se réalise plutôt le jour. les tagueurs s’approprient des lieux qui deviennent privés pour eux, alors qu’ils sont publics ... Leur langage est inversé (le verlan), leur mode vestimentaire aussi (la casquette à l’envers) ... Le graffiti est aussi un régulateur de la vie sociale. A notre époque moderne, les tags abondent dans les lieux où l’oppression sociale est la plus marquée, où la vitesse des flux (activités économiques), des communications (voies de circulation) est la plus saturée et génératrice de stress. L’ambivalence des pouvoirs publics à l’égard des tagueurs ne fait qu’ajouter à l’incompréhension généralisée et alimente ce phénomène de société : “La RATP par exemple n’hésitera pas à combattre farouchement le tag, alors que dans le même temps elle l’utilisera en 1984 dans sa campagne “graffiti-ticket” comme vecteurs de la modernité urbaine et de sa communication institutionnelle”(2). “Le tag et le graffe” sont deux expressions artistiques à part entière. Le tagueur doit taguer le plus possible, mais son style tient autant à la beauté de son travail qu’à sa production : la qualité en quantité ! (1) Groupe : appelé aussi dans le mouvement hip-hop “posse” ou “crew”. Rappelons, par exemple, le parcours fulgurant du graffiti artist Jean-Michel Basquiat, reconnu mondialement dans le milieu de l’art, exposa en 1981, à l’âge de 21 ans avec les plus grands artistes de l’époque : Andy Warhol (le père du Pop Art), Keith Haring (artiste aérosol), Futura 2000 et Lee (graffeurs hip-hop, artistes aérosol). Jean-Michel Basquiat, artiste autodidacte new-yorkais, d’origine porto-ricaine et haïtienne, taguait sur les murs de la ville son surnom “Samo”. “Son oeuvre est toute entière fondée sur la gestion d’un chaos ! En opérant ainsi la picturalisation de cette parole jusqu’alors tue, Basquiat a donné à l’art du graffiti ses lettres de noblesse, il l’a tiré de l’underground pour le porter au grand jour des musées et des galeries, c’est-à-dire à la reconnaissance d’une esthétique par le milieu de l’art lui-même”(2). Le graffe a débuté en France, à Paris en 1983, sur les palissades de chantier de la Pyramide du Louvre et celles de Stalingrad, faisant de ces lieux des passages obligés pour tous les tagueurs et graffeurs d’Europe. Paris fut le départ d’un nouveau mouvement qui va s’étendre rapidement à toutes les grandes villes européennes : Berlin, Bruxelles, Milan, Barcelone, Amsterdam, Stockholm ... (1) ”Underground” : en anglais “souterrain”, se dit d’un mouvement, d’une production artistique qui se situent en dehors des circuits commerciaux traditionnels. Petit Larousse. Celui-ci trouve son inspiration, entre autres, à partir des bandes dessinées américaines (comics) ou françaises, japonaises (mangas) pour la réalisation de personnages de style figuratif. Mais le graffe, c’est d’abord le lettrage et ses styles : - le “block style”, premier style de lettrage inspiré du tag, aux grandes lettres carrées, Le graffe c’est aussi la “fresque”, après le travail du lettrage s’ajoute la création du personnage (propre aux Européens) et la réalisation de la fresque où écriture, personnage, couleur, paysage se mélangent pour former un tableau gigantesque. Mode 2, Popay, Jeax ont été de ceux qui ont créé un style dans ce domaine. Le “free style” ou style abstrait a été importé des Etats-unis par Jon en 1987, repris en France par les graffes de Lokiss, alliant couleurs et formes géométriques. “Vandales ou artistes, les “writers”(1) n’en restent pas moins des créateurs porteurs d’une culture. S’il est considéré comme un art moderne, le graffiti ne fait qu’utiliser des techniques contemporaines, il est le prolongement d’une pratique ancestrale. Il y a seulement quelques milliers d’années des hommes préhistoriques peignaient ou gravaient sur les murs de Pompéï ou des grottes de Lascaux”(2). Dans notre société évoluée, mais néanmoins violente, les cultures et le partage de ces cultures sont une solution pour la paix ! Le graffiti est plus que jamais un véritable outil d'expression, cependant il est encore loin d'être reconnu dans sa dimension artistique. Dans leur film “GRAFFITI IFS” (3), les graffeurs CAZO et NOD (Artistes aérosol internationaux et membres fondateurs de l’association Espace Défis) défendent des idées humanistes et universelles, ils posent la question du devenir de l'humanité et de toutes ses richesses. “Ce film construit comme un documentaire se veut réaliste sur le hip hop et ses disciplines, pour cela nous avons recueilli des interviews qui se nourrissent de tous et qui témoignent de l'intensité de ce mouvement dans les messages et dans les techniques qu'il transmet et dans l'action qu'il génère. Des moments de vérité qui ne laisseront personne insensible, ni dans le doute, mais critique, pour une vraie prise de conscience sur ce qui doit être porteur de paix, pour plus de justice, ici et ailleurs.” CAZO “Autour de cette réflexion “Toute expression mérite d'être entendue ... même la vôtre”, nous voulons partager notre mouvement qui fait du hip hop une culture universelle ! qui propose depuis très longtemps un esprit ouvert, libre et curieux ... c'est pour cela que tous les auteurs et ceux qui le soutiennent ont décidé de produire et de diffuser ce film indépendamment de tout monopole et industriel de la culture et de l’art ; pour plus de débats non élitistes, tenant compte de tous. Ce reportage amène des questions sur la place de l'artiste dans nos sociétés aujourd'hui, sur l'insertion du graffiti dans l'art contemporain, sur le phénomène de société qu'il suscite, sur sa valeur de “message”... NOD (1) Writer : mot anglais signifiant celui qui écrit, écrivain, auteur. TAG ET CALLIGRAPHIE Avant d’évoquer la calligraphie et son lien avec le tag, il faut remonter aux sources de l’écriture et celle-ci est une invention récente au regard de l’histoire de l’humanité. Si l’homme parle (dans un langage fait de sons articulés), depuis environs cent mille ans, il n’écrit que depuis cinq mille ans environ. L’usage de l’écriture sur des supports très variés comme la pierre, la terre cuite, le papyrus, le papier, plus récemment l’ordinateur ... permet de communiquer dans le temps et l’espace, dans des fonctions propres : garder la mémoire, compter, établir l’ordre ... mais aussi écrire pour soi, entretenir des liens avec les autres ... Les systèmes d’écritures mélangent les pictogrammes où chaque signe représente un objet, chez les idéogrammes, une idée, chez les syllabes, un son, chez les alphabets, un son décomposé. Les différents langages dans le monde sont emprunts de tous ces procédés d’écritures. Le mot calligraphie vient du grec “kallos” (beauté) et de “graphein” (écrire). La calligraphie c’est l’art de la belle écriture et de la forme. Parmi les calligraphies, les plus connues sont sans doute la calligraphie latine, arabe et chinoise. La plus représentative des calligraphies latines est l’écriture gothique, vieille de 2000 ans, très utilisée dans le monde religieux, notamment par les moines, spécialistes des enluminures. Au XVIIe siècle, on nommait le calligraphe de “belles mains” ! La calligraphie arabe, plus récente, est née au VIe siècle, faisant suite à une culture orale de tradition ; elle est liée, entre autres, à l’avènement de l’Islam et sa formation a largement servi à la diffusion des écrits du coran, la plus fidèle et explicite possible. L’écriture arabe a été développée dans le temps de manière très riche et diversifiée. La calligraphie chinoise remonte à la plus haute antiquité et comporte différents styles et c’est à partir du IIIe siècle qu’elle fixe définitivement la structure et la technique de ses tracés. La calligrahie chinoise est rapide (style courant ou style d’herbe) appelée aussi “écriture folle ou agitée” comme l’herbe dans le vent ! Toutes ces calligraphies s’inscrivent dans des contextes culturels, au fil des aléas de l’histoire, elles ont varié et évolué avec les différents supports et outils : la plume d’oie, le calame (morceau de roseau taillé en biseau et fendu), le pinceau chinois ... et toutes demandent des qualités de concentration, d’habileté, de technique ... et de personnalité spirituelle ! L’alphabet tag (1) utilisé aujourd’hui est aussi une continuité de l’alphabet de nos ancêtres “phéniciens” d’il y a trois mille ans. 0utre sa fonction sociale encore différente, comme toute écriture, il fait appel pour le décrypter à des codes de visibilité pour ceux qui veulent seulement voir et de lecture, pour ceux qui cherchent à comprendre ou qui “savent” . La calligraphie dans le tag, c’est un vrai voyage sur place ! C’est aussi une recherche du trait le plus beau, le plus expressif ! 1) : TAG était un des premiers “crews” (collectifs, bandes) à se donner un nom dans le milieu du graffiti, au début des années 70, aux Etats-Unis, il signifie : “Tuff Artist Group” ; on pense que l’utilisation du mot TAG tire ses origines du nom de ce collectif. Pour voir l'intégralité des textes ! dirigez-vous vers la rubrique " Documentation " ET AUJOURD’HUI QU’EN EST-IL REELLEMENT DU GRAFFITI ? Avec le mouvement graffiti, le hip-hop et le graffe, un nouveau style pictural est né. On assiste à des expos, des festivals, des performances. Les spécialistes crééent des fanzines (revues spécialisées). Malgré tout, en France, la renaissance du style graffe est vague, peu perceptible. Le graffe est affiché avant tout comme un art “vandale”, et à ce titre subit une répression policière déclarée ; la peinture aérosol reste “underground” et marginale. Il serait cependant naïf de penser que les picturo-graffitistes n’aspirent pas à une forme de reconnaissance : faut-il rappeler que nul ne vit de l’air du temps ! Pour Olivier Sergent : “Les anciens du hip-hop qui n’ont cessé depuis maintenant près de quinze ans de croiser différents styles, d’affiner leur vocabulaire et d’expérimenter, ont suscité l’envie des plus jeunes qui tentent à leur tour de trouver une place(1)”. (1) Olivier Sergent, journaliste, article pour la sortie du film “Faire kifer les anges” 1997. Pour voir l'intégralité des textes ! dirigez-vous vers la rubrique " Documentation " |
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